Analyse cartographique et géologique en classe
 Déplacement sur le terrain à la Borie d'Imbert 
Intervention de Pierre Leboulch 09/01/2001

Pierre Leboulch s'est rendu à notre école dans le cadre de notre projet de lecture du paysage, après nous avoir accueilli à Cuzals au mois de décembre 2000. Dans un premier temps, en classe, avec lui nous avons étudié les différents modes de représentation du paysage.
 Pour ce faire, nous disposions de cartes de notre environnement proche de différentes époques ainsi que de clichés aériens.
Tout d'abord nous avons travaillé sur la carte réalisée par la famille Cassini : César François ( 1714 - 1784) et Jean Dominique (1748 - 1845) à l'échelle 1/ 86 400e. Elle a été élaborée à partir de relevés manuels effectués directement sur le terrain , d'observations depuis des hauteurs. Son principal défaut reste la fiabilité des informations portées sur les distances. A noter les différences d'orthographe concernant les noms de lieux entre  cette époque et la notre, tels : 


Explications de P. Leboulch à l'aide de la maquette géologique des causses du Quercy

Riniac ð  Rignac
Mazès
ð   Magès
La Campagne
ð   Les Campagnes
Ambert
ð  Borie d'Imbert
Cantaloube
ð  Canteloube
Varagnas
ð   Varagne
Le Mier
ð   Miers
La Cave
ð   Lacave
La Vergne
ð   Lavergne
La Fage
ð   Lafage
Les boulangers
ð   Le boulanger


Observations attentives d'un morceau de roche fossile amené par notre intervenant

Très peu de routes et de voies de communication figurent sur cette carte. On remarque l'importance de Gramat situé à un important carrefour (4 routes). Par ailleurs deux pôles émergent avec une forte densité de villages : la zone Gramat/ Padirac et celle de St Projet. On peut aussi noter pour Rocamadour l'absence de routes et la seule présence de la voie Sainte ainsi que la mention de la rue principale.
Dans un deuxième temps nous nous sommes penchés sur l'extrait de la carte I.G.N. au 1/25 000e de Rocamadour Padirac. Après que chacun d'entre nous ait reçu un exemplaire de celui - ci, nous avons essayé de repérer nos lieux d'habitation, l'altitude de l'Hospitalet où se situe notre école, celle de la cité, du Pech de Bouriane, de la Borie d'Imbert, ainsi que les lieux environnants les plus élevés. Auparavant nous avions appris la signification des courbes de niveaux. En observant attentivement la carte, nous avons tenté de distinguer le Causse de Gramat de la zone des Limargues.

Dans un troisième temps nous avons analysé 5 clichés photographiques noir et blanc aériens de Rocamadour et de ses environs (2 agrandissements acquis par notre établissement auprès de l'IGN et 3 amenés par M. Leboulch). Nous avons connu quelques difficultés d'orientation des clichés bien qu'étant pour la plupart originaires de la région. Pour y remédier nous avons utilisé comme repère le canyon de l' Alzou. M. Leboulch nous a expliqué comment ces photographies étaient réalisées par avion et selon quel axe spécifique (Ouest/Est). Sur ces dernières nous avons tenté de localiser la cité, l'école , la Borie d'Imbert et nos domiciles.

Après cette étude des modes de représentation du paysage, notre intervenant nous a quelque peu expliqué de quel type de roches était constitué notre sous sol . Tout d'abord, et il est omniprésent  le calcaire règne dans le paysage caussenard. Il est à la base de toutes les constructions dites "en pierre sèche". Sa couleur originelle est le blanc, mais du fait de l'action de son principal ennemi l'eau il devient petit à petit gris, voir gris foncé avec les champignons microscopiques et mousses qui s'installent à sa surface. En fait, il résulte de la présence il y a plusieurs millions d'années de l'océan sur notre sol, il a été constitué de boue, de vase et de sédiments déposés au fond de ce dernier.
La marne est elle aussi une roche sédimentaire mais argileuse que l'on rencontre plus fréquemment dans les Limargues (Alvignac, Miers) et qui retient mieux l'eau que le calcaire et donc facilite les cultures, et par là-même explique le côté plus verdoyant des paysages qu'elle contribue à façonner. Quant à la roche primaire, elle est plus lourde et plus dense et facilement reconnaissable de par sa couleur brunâtre, elle est plus présente dans le Ségala.

Pour mieux comprendre la composition de notre sous - sol, M. Leboulch avait emmené avec lui une superbe maquette représentant artificiellement un paysage typique du Causse ainsi que sa coupe, son profil. Après la représentation géographique, venait le temps de la représentation géologique.
Nous furent expliqués les réseaux hydrographiques sous terrain complexes (pertes, résurgences, gouffres, caves, igues), on a même parlé de spéléologie, le rôle des roches et leur modelage sous l'action de l'eau, l'interdépendance des plateaux et des vallées, des Limargues et des Causses, les différents types de végétation en fonction du sol et donc de la présence en quantité ou non de l'eau. La maquette était superbe et disposait d'un système d'éclairage mettant "en lumière" ou en relief tel aspect ou notion simplement en appuyant sur le clavier.

La Borie d'Imbert vue par les loustics

E F

Nous nous sommes rendus au lieu dit " la Borie d'Imbert " après déjeuner, à pied en empruntant un ancien chemin. Tout en marchant, vers "Maison Neuve", le long du sentier et dans un coin de parcelle, nous avons pu observer une gariotte (petite cabane en pierre sèche). Elle était orientée au sud pour bénéficier d'un ensoleillement maximum et placée dans un angle du pré de telle façon que le troupeau soit en permanence sous la surveillance du berger. Cette cabane réalisée, ainsi que les murettes, par le berger pouvait occasionnellement abriter de jeunes agneaux. Peu loin de là, nous avons remarqué un champ où de nombreux bancs de pierres affleuraient et rendaient ainsi cette pelouse sèche incultivable. Quelques pas plus loin au milieu d'une grande parcelle nous avons vu un "cloup" appelé aussi doline protégé par un muret de forme ovale. Il était cultivé du fait de la présence de terre en plus grande quantité par rapport aux pelouses sèches l'entourant, aussi fallait-il donc protéger les cultures réalisées en son sein des animaux trop gourmands. L'occasion nous fut donnée d'apercevoir à proximité du chemin une vallée sèche cultivée, bien verte se détachant du reste du paysage. Il y avait juste en face d'elle, ce qui pouvait bien être une truffière, des alignements de chênes. Les murets, avec leur construction caractéristique bordent notre chemin de part et d'autre. Leur état n'est pas parfait, et à bien des endroits ils s'effondrent sous les actions conjuguées du gel et de la végétation envahissante. Cependant nous avons pu étudier leurs caractéristiques essentielles : pierres disposées à plat ou verticalement, couronnement, fruit, durée moyenne de construction, somme de travail, qualité de l'œuvre réalisée, clèdes, etc...
Arrivés à la Borie d'Imbert, nous avons découvert un espace vaste (17 hectares) bordé par la route de Lacave d'un côté et notre chemin de l'autre. Un mur de ruches anciennes nous faisait face à côté des genévriers et de la pelouse sèche. Peu loin de là, une caselle nous tournait le dos. Elle était adossée au muret entourant la vigne et ses pêchers. Pour nous y rendre nous dûmes emprunter avec plaisir un "darcador". M. Leboulch nous a expliqué les différentes étapes de la réalisation de cette caselle du XXème siècle. Son aménagement intérieur nous indiquait qu'elle était bien destinée à abriter le vigneron et ses outils pour la culture de la vigne ( "mini grenier" ). Nous avons observé attentivement  les différents aménagements pratiqués dans les murets. Un "doat" ou un "aigadel" est un trou destiné au  passage du gibier, ou à l'écoulement de l'eau. Pour l'observation discrète des chasseurs, il existe quelques "gaitadors", etc. En longeant la vigne, nous sommes parvenus jusqu'au cayrou voisin très bien aménagé lui-aussi. Sur notre gauche il y avait un cloup et un "pas de lèbre" appelé aussi "comptador" présent dans un mur afin de permettre le passage des animaux,  (ovins, caprins) à la queue leu leu entrant ou sortant de la parcelle. Une fois passés  le "sautador" nous nous dirigeâmes vers la plus ancienne maison  (dite de la Catissote) déjà  mentionnée sur le cadastres napoléonien. Ne subsiste d'elle malheureusement plus que des ruines avec son four et clairement l'emplacement de sa cave (confirmant bien par là la présence de vignes) de cette demeure typiquement caussenarde.
Sur notre droite, adossé à la route nous distinguions un fournil hélas aujourd'hui effondré, situé à proximité d'un petit enclos potager. De là nos pas nous ont mené à la maison dite de Judicis nous faisant face. Sur le linteau de sa porte d'entrée était gravé 1838. A gauche de celle-ci se trouvait une citerne recueillant les eaux de pluie et les filtrant à l'aide de charbon de bois. La plupart des ouvertures étaient situées sur l'autre façade orientée au sud. Cette maison disposait d'un poulailler, d'un espace pour le cochon et d'une cave avec un soupirail visible confirmant là aussi l'existence et l'importance de la vigne. De l'autre côté de la route se termine actuellement la construction d'une chèvrerie (production de cabécous appelés Rocamadours). Pour quitter ce lieu, nous nous rendîmes vers le lavoir alimenté lui encore par les eaux de ruissellement (tout comme le point d'eau situé à proximité du fournil effondré). Tout à côté de celui-ci, se trouvaient une maison du début du XXème siècle (1909, maison dite de  Carbonié) avec son four accolé et un autre distinct à proximité reconstruit à l'intérieur d'une petite grange. De ce grand ensemble que constitue la Borie d'Imbert, le trait essentiel reste ce formidable maillage de murets en pierres sèches entourant ces différents parcelles adapté à l'agriculture caussenarde et à la vie des hommes.
En regagnant  le même chemin qu'à l'aller,  nous avons dû ouvrir une clède et nous faufiler sous une clôture de fil de fer protégeant une pelouse sèche parsemée de genévriers.
De retour à l'école,   Pierre Leboulch nous a expliqué en détail la construction d'une caselle et nous avons fait oralement le bilan de notre bien agréable et intéressante  journée lecture et compréhension du paysage.


Sur l'agréable ancien chemin de Cougnaguet à Rocamadour,
 petit arrêt observation 


 Une gariotte située en bordure du même chemin vers Maison Neuve


Bancs de pierre affleurants sur une pelouse sèche


Deux mètres représentent la longueur de muret  pouvant être réalisée en une journée par une personne


La caselle de vigne construite récemment 

Itinéraire emprunté par les Loustics de l'école à la Borie d'Imbert


Différence de nature du sol dans une parcelle


Le cayrou analysé par les loustics